10.07.2007

L’EPFL a vécu dix jours au rythme des régates de la baie de Valence

Optimaliser des matériaux utilisés pour la fabrication des voiliers, mesurer en temps réel les déformations des superstructures, utiliser les probabilités et la statistique mathématiques en appui au navigateur pour avancer au plus vite dans un vent variable, parfaire la géométrie de la coque et des voiles à l’aide d'outils de simulation numérique: voilà autant de recherches passionnantes dans lesquelles les étudiant-e-s et les chercheur-e-s de l’EPFL sont impliqués. Il est donc normal que les EPFLien-ne-s s'approprient un peu les succès d'Alinghi et qu’ils aient eu les yeux fixés sur l’écran géant installé au centre de leur Ecole à l’heure des régates.
Je suis passée plusieurs fois devant la salle de projection et j’ai pu y voir une foule constituée de tous les corps de l’Ecole. Parmi les spectateurs, beaucoup d'étudiantes et de chercheures passionnées regardaient les régates et participaient aux discussions.

Ce sport plairait-il donc aux femmes?
Sur le plan de l’égalité, il n’y a certainement pas lieu de se plaindre d'un sport tel que la course à la voile, où femmes et hommes peuvent se mesurer sans distinction tant en régates que dans les courses au large. Les Isabelle Autissier, Ellen MacArthur et autre Florence Arthaud se sont fait un nom en s'imposant devant les meilleurs marins dans des courses océaniques. La soeur d'Ernesto Bertarelli, Dona Bertarelli Späth, ne s’est-elle pas également lancée dans la course en régates sur le lac Léman où elle est la skipper d'un équipage entièrement féminin? Sur les bateaux d’Alinghi et de leur adversaire, on ne voyait pourtant que des hommes. Si dans les équipes à quai il y avait effectivement plusieurs femmes, celles-ci n'ont pas occupé le devant de la scène. J’ai donc eu envie de questionner quelques spectatrices de l’EPFL pour connaître leur motivation à suivre les aventures des voiliers et je vous rapporte quatre témoignages:
«J’ai appris à apprécier les courses de la Coupe de l'America grâce à l’engouement suscité autour de moi. Je ne pensais pas être intéressée à rester assises deux heures à regarder les bateaux se défier. J’avais peur de m’ennuyer. Je me suis prise au jeu et me voilà maintenant fervente supportrice d’Alinghi. L’envie de regarder les régates me vient de l’ambiance qui règne durant les courses. Les magnifiques images qui nous sont apportées par la télévision et les commentaires professionnels délivrés font que l’intérêt est grand. Par contre, je n’y porterais certainement pas autant d’attention si une équipe suisse ne figurait pas tout en haut de la hiérarchie sportive.»
«Je ne suis pas une très grande fan de sport en général, mais je dois dire que quand on peut lire la tension de la compétition sur les visages des concurrents, cela m'intéresse déjà d'avantage. Ainsi, tennis: oui, voile: oui, sport automobile et moto: non (ils ont des casques). Vélo: à la limite. Foot: oui, hockey: non. L'aspect esthétique compte beaucoup aussi. Les courses à la voile pour la mer, le Tour de France cycliste pour les magnifiques paysages.»
«Je travaille dans le domaine de la biotechnologie et je connaissais Ernesto Bertarelli à travers son entreprise Serono. Je me suis donc intéressée à Alinghi par ce biais. C’est aussi le défi technologique qui m’intéresse. Et puis, la curiosité d’apprendre un tas de choses à propos d’un sport que je ne connaissais pas.»
«J’ai appris tout un autre vocabulaire qui m'était étranger et que je trouve poétique. C’est impressionnant de voir comment les hommes font corps avec le bateau. Et l’ambiance est superbe ici! C’est intéressant de voir les collègues dans un autre cadre, tous unis autour du même thème. Et puis, c’est tout simplement beau!»
Si toutes ces spectatrices avaient une analyse aussi différente qu'intéressante, j’ai trouvé un point commun à chacune d'entre elles : une fierté plus ou moins avouée. Elles étaient doublement fières qu’Alinghi soit suisse et que l’EPFL soit sa conseillère scientifique.
L'équipe suisse a remporté l'aiguière d'argent pour la seconde fois consécutive et a ramené le trophée le plus ancien de l’histoire du sport le week-end dernier en Suisse. Le sport et la technologie nous ont fait rêver et nous ont réunis autour d’un bel accomplissement. Bravo à Alinghi!

15.06.2007

Pourquoi si peu de Prix Nobel au féminin?

Depuis 1901, des prix Nobel de chimie, de physique, et de physiologie ou médecine ont été attribués à 512 scientifiques. Parmi les lauréat-e-s de ce prix, 12 (2,3 %) sont des femmes.

Aucune femme n’a encore reçu la médaille Fields, qui est la plus haute distinction scientifique remise pour des travaux dans le domaine des mathématiques.

Pourquoi ?
Il y plusieurs raisons pour qu’il y ait si peu de femmes scientifiques lauréates d’aussi prestigieuses récompenses.

D’abord, le chemin a été long avant que les femmes aient le même droit à l’éducation que les hommes. Ensuite, il a fallu lutter contre les préjugés sur la présence des femmes dans les domaines scientifiques et techniques. Le rôle des femmes pionnières dans ces domaines a été souvent négligé ou délibérément oublié. Le résultat en est que si on demande à un large public de citer le nom de femmes scientifiques remarquables, au mieux c’est seulement le nom de Marie Curie qui sera évoqué. Il y a aussi ce "plafond de verre", l’ensemble des barrières invisibles créées par des préjugés et stéréotypes, ainsi que par le mode de fonctionnement des différentes organisations qui ont pour effet d’empêcher les femmes d'accéder au sommet d’une carrière. Dans les domaines scientifiques et de l’ingénieur où relativement peu de femmes commencent une carrière, le réservoir des femmes affrontant ces barrières est plus petit que dans d’autres branches. Par conséquent très peu de celles-ci arrivent au sommet dans la recherche scientifique.

A ces causes du manque de lauréates de prix scientifiques prestigieux, s’ajoute le fait que les propositions de candidats dans ces branches sont effectuées par des comités majoritairement constitués d’hommes. Les systèmes d’évaluation et de sélection étant aussi élaborés à partir de logiques masculines.

Ce n’est donc pas un manque de compétences parmi les femmes scientifiques qui est à la base de ce nombre restreint de femmes prix Nobel.

Si les prix et autres distinctions scientifiques sont des instruments de reconnaissance des compétences d'un lauréat ou d'une lauréate, ceux-ci ont également un autre rôle, celui de propulser leurs récipiendaires sur le devant de a scène et de les présenter comme exemples, en particulier pour les jeunes. De tels modèles féminins dans les domaines scientifiques manquent à nos jeunes filles.

Quelques initiatives tentent de palier à ce déficit d'image. Depuis 1998, par exemple, le prix L'ORÉAL-UNESCO pour les Femmes et la Science récompense chaque année cinq éminentes scientifiques provenant des cinq continents.

Une femme scientifique prix Nobel à l'EPFL
La Fondation EPFL-WISH (Women in Science and Humanities Foundation), constituée sur l'initiative des professeures de l'EPFL, décerne chaque année le prix Erna Hamburger couronnant une carrière féminine exemplaire dans les sciences. Erna Hamburger fut la première femme nommée professeure ordinaire à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne.

Cette année, la lauréate de ce prix est la professeure Christiane Nüsslein-Volhard, généticienne pionnière, qui a reçu le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1995 pour ses travaux sur le contrôle génétique du développement précoce de l'embryon. Le prix Erna Hamburger lui sera remis le 20 juin prochain lors d’une cérémonie qui aura lieu à l'EPFL, à la suite d’une conférence de cette éminente scientifique.

La conférence est publique et l’inscription pourra se faire en ligne à l’adresse suivante : http://epfl-wishfoundation.epfl.ch/. Une belle occasion pour toutes et tous d’entendre et d'approcher l'une des rares femmes scientifiques ayant reçu le prix Nobel.

15.05.2007

Le manque de femmes dans les technologies de l’information n'est pas une fatalité

Ada Byron, née en 1815 a écrit le tout premier «programme» informatique, en utilisant les mêmes termes et procédures qu’on utilisera plus tard sur les premiers ordinateurs. Et pourtant, alors que les technologies de l’information et de communication (TIC) sont de plus en plus présentes dans notre univers personnel et professionnel, les femmes continuent à être largement minoritaire dans les métiers liés à ces domaines. Cela veut aussi dire que la moitié des utilisateurs des services et des produits du domaine des TIC est presque absente de leur conception, de leur développement et de leur maintenance. En Suisse et dans les pays de l’Europe de l’Ouest, les femmes qui ne choisissent pas des branches des TIC comme filières d’étude, sont majoritairement exclues des débouchés professionnels intéressants auxquels elles mènent.

La situation n’est pourtant pas la même dans d’autres pays.
Dans un article d’Isabelle Collet, paru sur le site du réseau Ada, on peut lire : «En Malaisie, à la Faculté d’informatique et technologie de l’information de Kuala Lumpur, les responsables de départements, ainsi que la doyenne sont toutes des femmes. A Penang, il y a 65% d’étudiantes en informatique, 7 professeurs sur 10 sont des femmes, encadrés par une doyenne. Les raisons invoquées par toutes ces femmes forment un curieux contraste, quand on les compare à ce que nous savons sur le genre des sciences et techniques en Occident:
• Elles ont été encouragées par leurs parents.
• Elles s’intéressent à la maîtrise de l’ordinateur
• Elles voient l’informatique comme un moyen d'obtenir un bon emploi, particulièrement adapté aux femmes.»

L'image construite de l'informatique comme un domaine masculin
Dans nos pays, l’image construite de l’informatique est celle d’un métier masculin. Cette image est véhiculée de manière consciente ou inconsciente par les parents, les enseignant-e-s et les médias et transmise à nos jeunes filles dès leur plus jeune âge.
L’exemple de la Malaisie illustre au contraire une construction au féminin du métier d’informaticien-ne dans d’autres pays.

Le manque de femmes dans les branches des TIC n’est donc pas une fatalité. De nombreuses initiatives dans les pays européens et aux Etats-Unis tentent de défaire les stéréotypes et d'encourager les jeunes filles à choisir ces branches. Malheureusement, les stéréotypes sont résistants au changement. Et si on ne veut pas que nos petites filles restent exclues, il faut une prise de conscience collective. A nous les grands-parents, parents, écoles, universités, entreprises et médias de réagir, pour que d’autres Sonia, Mélodie, Monika choisissent ces métiers intéressants et porteurs d’avenir.

Et vous les jeunes filles qui lisez le message de Sonia Buchegger, qui a obtenu récemment son doctorat en systèmes de communiction à l'EPFL, sachez que vous êtes aussi capables de suivre son exemple:
« J'étais très jeune quand j'ai commencé à m'intéresser à l'informatique. Je pensais que cette technologie allait transformer la vie de tout le monde. Je voulais participer à ce changement et ne pas me retrouver au bord de la route. J'avais raison. Les études d'ingénieur-e en informatique sont très généralistes: J'ai appris à penser, à trouver des solutions aux problèmes. C'est un état d'esprit que je peux appliquer n'importe où. L'informatique ouvre de nombreuses portes pour s'intégrer dans la société et le monde du travail... »

22.04.2007

"Je rends hommage à toutes les femmes de conviction"

Ainsi Ségolène Royal passe ce premier tour d'élection présidentielle avec de bonnes chances d'être élue au final. La perspective de l’ascension d’une femme au niveau de la présidence de la République française est bien sûr des plus réjouissantes.

Cela dit, je reviens sur ces derniers mois. Je caractériserais ce que j'ai perçu de la campagne présidentielle des favoris de tous bords par ces quelques mots: manque de charisme, absence d’un message visionnaire clair et électoralisme sans vergogne. Parmi les préférés des sondages, je n’ai en effet pas vu de personnalité qui osait véritablement avancer des idées pour lesquelles elle était prête à se battre et qui soient capables de faire vibrer ses concitoyens.

Alors, au soir de ce premier tour, je pense surtout à ces trois femmes qui se sont battues pour leurs opinions au mépris des prévisions électorales: Marie-George Buffet, Dominique Voynet et Arlette Laguiller. Quel plaisir de les avoir vues ainsi faire campagne dans le seul but d'avancer leurs idées et non pour leur seule ambition personnelle. Quelle joie ce devait également être pour elles de pouvoir parler sur un plateau de télévision sans calcul, libres, franches et fidèles à elles-mêmes. Alors aujourd’hui, et sans forcément partager toutes les idées de ces femmes de conviction, je leur rends hommage.

Farnaz Moser-Boroumand

03.04.2007

"Quand je serai grande, je serai ingénieure"

C’est dimanche soir. Mon cœur s’emballe comme chaque veille de camp scientifique que nous organisons pour les toutes jeunes filles. Demain matin, elles seront 24, ces jeunes filles de 7 à 10 ans, à faire connaissance avec l’EPFL. Je les imagine curieuses, avec les yeux brillants. Elles mettront leur blouse blanche et, avec beaucoup d’enthousiasme et d’application, s’amuseront avec les sciences pendant une semaine.


Une idée me traverse l’esprit. Combien de fois ont-elles entendu :
- « Les femmes sont nulles en maths ! »
- « Tu vois une femme travailler sur un chantier ? »
- « Les femmes ne peuvent même pas lire les cartes routières; comment veux-tu qu’elles deviennent ingénieures ? »
- « Tu devras travailler seule devant ton ordinateur toute la journée. Ce n’est pas un travail pour une femme. »
- « C’est mal fait ! La maman travaille et les enfants sont gardés par des inconnus ? »


Comment ont-elles réagi face à ces préjugés qui enferment les femmes et les hommes dans des rôles pré-établis ?
Je me dis qu’elles ont sûrement été influencées par les stéréotypes dès leur plus jeune âge. Elles manquent aussi de modèles scientifiques féminins. C’est plus facile de s’identifier à des enseignantes ou à des infirmières qu’elles rencontrent plus souvent qu’à des chercheures. C’est pour toutes ces raisons que si peu de jeunes filles s’orientent vers les branches scientifiques.


Je me ressaisis. C’est mon rôle de femme scientifique convaincue et passionnée de leur ouvrir les portes de ce monde merveilleux. C’est d’ailleurs pour cela que je les invite à ce camp scientifique. Dès demain nous allons les informer sur les métiers de scientifiques, de chercheures et d’ingénieures. Nous leur donnerons le goût des sciences et aussi confiance en elles. Dans une société où l’inconscient collectif n’associe pas scientifique et femme en une seule image, cette confiance sera nécessaire pour assumer leur choix de devenir plus tard scientifique.


Il se fait tard. Je fais les comptes. Cette année, 330 filles suivront nos camps et ateliers. 330 jeunes filles qui n’auront pas de complexe à se voir scientifique ou ingénieure, qui s’identifieront à nos chercheures heureuses et épanouies, travaillant pour améliorer l’environnement et le monde de demain. 330 jeunes filles qui raconteront leurs vacances scientifiques dans leur classe et 330 familles qui entameront une réflexion sur la place des femmes en sciences….


Alors que mes yeux se ferment, je vois une jeune fille qui me dit doucement mais avec fierté : « quand je serai grande….je serai ingénieure ».